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Maladies respiratoires

 
Dyskinésie ciliaire primitive (DCP)

Dyskinésie Ciliaire Primitive (DCP)
 

Définition
 
 
Affection génétique, très rare, transmise par les parents sur un mode récessif.
Dys est un préfixe signifiant « défaut de » ; kinésie vient du grec « kine » signifiant mouvement ; ciliaire car la maladie est due à l’immobilité des cils vibratiles de l’organisme, présents notamment au niveau de l’appareil respiratoire, des oreilles et des spermatozoïdes ; primitive signifie maladie constitutionnelle présente dès la naissance. La DCP est due à un défaut de mouvement des cils vibratiles de l’organisme, très nombreux au niveau des voies aériennes. Dans 50 % des cas de DCP, on observe un situs inversus, rotation inverse des organes. Dans ce cas, on parle de syndrome de Kartagener.
 
 

Epidémiologie
 
Un nouveau-né est atteint sur 16 000 naissances en France, soit environ 50 nouveaux cas par an en France. La fréquence du syndrome de Kartagener est de 1/32 000. La DCP touche aussi bien les filles que les garçons.
Selon les études statistiques réalisées, la fréquence des individus porteurs dans la population générale serait comprise entre 1/30 et 1/60. Cependant, on ne connaît pas encore tous les gènes impliqués dans la maladie, et toutes les mutations dont ils sont le siège.
 

Anatomie et physiopathologie
 
La DCP est une maladie générale touchant l’ensemble des organes qui sont dotés de cellules ciliées. Les cils participent normalement au rejet des particules piégées dans le mucus, en se mouvant de manière synchrone, et en faisant remonter les particules vers l’extérieur : c’est l’épuration muco-ciliaire. La maladie se manifeste par des infections chroniques des poumons, pouvant se compliquer de dilatation des bronches, par des sinusites pouvant se compliquer de polypes ainsi que par des otites séreuses responsables d’une baisse de l’audition. Cette maladie peut aussi atteindre le flagelle des spermatozoïdes, dont la structure est proche de celle des cils, et entraîner une stérilité masculine. En l’absence de prise en charge correcte, il y a risque d’altération des fonctions pulmonaires. Pour les très rares patients atteints d’insuffisance respiratoire, une transplantation pulmonaire peut être envisagée.
 
 

Signes cliniques
 
La DCP se manifeste au niveau respiratoire, au niveau des sinus, des oreilles et, souvent, au niveau des spermatozoïdes.
Le mouvement des cils vibratiles au niveau des voies respiratoires est soit insuffisant, soit absent, ce qui entraîne une stagnation du mucus contenant des particules extérieures, et un encombrement nasal et bronchique. Ces sécrétions peuvent s’infecter et conduire progressivement à des lésions irréversibles au niveau des poumons.
Au niveau des sinus, la stagnation des sécrétions est responsable de sinusites chroniques. Une baisse de l’odorat est possible. Dans certains cas, la muqueuse du nez et des sinus présente des polypes.
L’oreille est aussi concernée par l’épuration muco-ciliaire. Elle communique avec l’appareil respiratoire par un canal (trompe d’Eustache). Ce canal peut s’obstruer, entraîner une inflammation qui s’entretient : c’est l’otite chronique.
Cette maladie peut aussi atteindre le flagelle des spermatozoïdes, dont la structure est proche de celle des cils, et entraîner une stérilité masculine. Néanmoins, les spermatozoïdes sont fécondants s’ils sont introduits dans l’ovocyte de la femme dans le cadre d’une procréation médicalement assistée.
Le syndrome de Kartagener (environ 50% des cas de DCP) associe une dilatation des bronches, une sinusite chronique et un situs inversus (rotation inverse des organes, en particulier du cœur, situé à droite).
 
 
 
Moyens de faire le diagnostic
 
Une DCP peut être diagnostiquée à tout âge. En effet, même si la maladie est présente dès la naissance, elle peut être diagnostiquée plus tard.
On suspecte un cas de DCP chez le nouveau-né à terme qui présente une détresse respiratoire inexpliquée, surtout dans le cas d’une fratrie déjà atteinte, ou dans le cas où il existe un situs inversus ; chez l’enfant qui présente une sinusite chronique avec infection persistante malgré des traitements antibiotiques ; chez l’adulte qui présente une sinusite purulente (ou des polypes sinusiens), associée à une dilatation des bronches et, éventuellement, des troubles de la fertilité.

>> Le situs inversus est un facteur qui oriente le diagnostic vers celui d’une DCP.

Des examens sont réalisés pour confirmer le diagnostic. Ils visent à étudier le battement des cils :

-Test à la saccharine : cela consiste à déposer à l’entrée des fosses nasales quelques particules de saccharine et à mesurer le temps qu’elles mettent pour arriver dans le pharynx (derrière la langue), par l’intermédiaire du transport ciliaire. Puis on mesure le temps qui s’est écoulé entre le moment du dépôt, et celui où le patient éprouve la sensation de goût sucré. Normalement, la sensation sucrée est ressentie en moins de 20 minutes (la moyenne étant de 10). Dans le cas d’une DCP, cette sensation est retardée voire absente. Les résultats de ce test ne sont pas très spécifiques.
-Prélèvement sous anesthésie locale et analyse de cellules ciliées : le seul moyen de certifier le diagnostic de DCP.
 
 
Traitement curatif
 
Il n’existe pas de traitement de la cause de la DCP. Cependant, la connaissance de la maladie permet une meilleure prise en charge du malade et limite au maximum les complications. Un traitement précoce et adapté des affections nasales et broncho-pulmonaires est essentiel pour limiter la dégradation de la fonction respiratoire. Ce qui inclut des séances de kinésithérapie respiratoire quotidienne et des antibiotiques adaptés aux périodes de surinfection.
La chirurgie est parfois nécessaire pour enlever un segment bronchique dont le drainage est impossible du fait de la dilatation des bronches ou pour enlever des polypes nasaux.
 
 
Traitement préventif / Vie quotidienne
 
La mesure du débit expiratoire maximal de pointe doit être réalisée tous les jours à l’aide d’un peak-flow. Une surveillance médicale régulière est nécessaire :

- Consultations ORL et pneumologie (radiologies pulmonaires)
- Epreuves fonctionnelles respiratoires (EFR)
- Gaz du sang
 

Il convient de respecter quelques règles d’hygiène :

- se laver régulièrement les mains (avant de manger, après être allé aux toilettes…)
- Nettoyer les peluches et les jouets des enfants très régulièrement
- Ne pas échanger les objets en contact avec les muqueuses (brosse à dents, couverts…)
La pratique d’un sport est recommandée (sauf activités de natation en piscine et plongée sous-marine).
 

La recherche
 
 
La recherche actuelle porte sur les 250 protéines qui composent le cil. Chaque protéine est assemblée grâce à l’information que donne un gène. L’anomalie d’une seule de ces protéines  peut perturber la structure et la fonction des cils. Restent à savoir lesquelles sont en cause.
 
Entretien avec le Dr Estelle Escudier, service d’Histologie-Embryologie, Pitié-Salpêtrière

ASGB :  Quelles sont les avancées scientifiques ?
« Les travaux de recherche depuis 1995 consistent à identifier les gènes responsables de la maladie. Cette pathologie est très hétérogène sur le plan génétique. Deux gènes de dynéine, DNAI1 et DNAH5 ont été impliqués chez des patients avec absence des bras de dynéine externe, indispensables au mouvement des cils. C’est l’anomalie la plus fréquente trouvée au cours des DCP. Malheureusement, ces gènes n’expliquent qu’un nombre limité de  cas. Un troisième gène, le gène RPGR, est responsable d’une forme très particulière de DCP associée à une rétinite pigmentaire (troubles de la vision, en particulier nocturnes). Les recherches continuent. »
 
Entretien avec le Dr Bouvagnet, service de Génétique Cardio-Pulmonaire, Lyon

ASGB : Parlez nous de l’actualité de cette maladie
Dr Bouvagnet : « La découverte de gènes impliqués dans cette maladie, les gènes DNAH5 et DNAI1 est une avancée et permet un diagnostic moléculaire et un conseil génétique dans environ 30% des cas où des anomalies de ces gènes ont été trouvés.
Les nouveautés concernent aussi le diagnostic. On peut utiliser une caméra numérique à haute vitesse d’enregistrement afin d’observer le battement ciliaire, à partir d’une biopsie. Les cils ont normalement une fréquence de 10 battements par seconde. On peut effectuer une culture après la biopsie, s’il y a un doute entre dyskinésie primitive ou secondaire. Si les cils retrouvent une fonction normale après culture, il s’agit d’une dyskinésie ciliaire secondaire, liée à l’environnement. A contrario, les DCP qui persistent après la culture sont primitives, c’est-à-dire génétiques. L’anomalie de structure est identifiée au microscope électronique sur des coupes de cils.
Un projet de thérapie génique étudie la faisabilité  de faire pénétrer un gène normal dans les cellules ciliées, en culture. Cependant, l’étape préliminaire est l’identification de l’anomalie génique.»
ASGB
 
Merci au Dr Bouvagnet d’avoir relu et validé cet article.
 
 
Sources :
Bouvagnet, Patrice,  Les dyskinésies ciliaires primitives, le syndrome de Kartagener, Encyclopédie Orphanet, Juin 1997, mise à jour 2002.
Donnou, Cécile, Dyskinésie ciliaire primitive, brochure d’information destinée aux patients et à leur famille, Novembre 2006.
 
 
Témoignages :
 
Jean-Luc Bineau, 54 ans
« J’ai maintenant 54 ans et je vis depuis ma naissance avec une Dyskinésie Ciliaire Primitive. A cette époque, cela était complètement méconnu puisqu’il y a moins de 10 ans que nous mettons un nom sur la maladie dont je suis atteint. Pendant les dix premières années (1952-1962), j’étais suivi par différents médecins pour des bronchites chroniques, poussées de fièvre, angines… et pour résoudre cela des antibiotiques, des cures, des lavages de sinus, des ablations des polypes nasaux, drainages pulmonaires, séances de kiné respiratoire… Et une vie entrecoupée d’arrêt pour huit à quinze jours, des précautions à prendre : ne pas attraper froid, pas de sport, pas de séjour à la mer. On a découvert en plus à l’âge de sept ans que j’étais atteint d’une malformation, à la grande stupéfaction de mes parents : un situs inversus, inversion généralisée chez moi. Pour faire une copie conforme, il faut m’ausculter de dos !
Jusqu’à 20 ans, ma santé était toujours la même. Et puis, je me suis marié… et j’ai encore fait une découverte : je suis stérile et il nous a fallu dix ans pour nous en rendre compte. Nous avons alors décidé d’adopter et nous avons eu deux filles : une Indonésienne et une Française. Le bonheur peut aussi passer par là. Nous sommes ravis.
A ce moment là, je découvre la Dyskinésie Ciliaire Primitive, une maladie dont j’ai tous les signes : dilatation des bronches, bronchites chroniques, situs inversus, atrophie des cils des cellules entraînant chez l’homme la stérilité.
Que faire ? J’ai eu la chance de pouvoir rentrer en contact avec le centre de recherche de Lyon grâce à mon frère qui a les mêmes symptômes.
Il faut une hygiène de vie particulière : éviter la fatigue, veiller en permanence à son corps, se faire suivre régulièrement. J’ai actuellement une capacité pulmonaire réduite de 50%. Cela ne m’empêche pas de vivre mais il y a des contraintes.
Il importe de faire reconnaître cette pathologie comme un handicap très fort. Cela ne se voit pas mais cela constitue une gêne quotidienne. »
 

Colombe, 60 ans
« J’ai souvent été malade étant petite sans connaître le nom de ma maladie. Quand je suis née, en 1946, le médecin n’osait pas dire à mes parents que j’avais les organes inversés. Il pensait que j’étais « anormale ». En fait, je n’ai mis un nom sur ma maladie qu’en 2002 en lisant un article sur un journal. J’ai souvent été sous antibiotiques et absente de l’école. J’ai effectué beaucoup de cures thermales. Je suis partie à l’âge de 6 ans pendant une année scolaire à Dieulefit.
J’ai adopté deux enfants car apparemment l’absence de cils vibratiles rend stérile. Cela dit, il paraît que pour les femmes ce n’est pas prouvé.
Depuis quelques années, je vais mieux. Je fais de la kinésithérapie respiratoire et j’ai un traitement de fond. »

 
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